L’Océan des Tempêtes (Oceanus Procellarum)

L’Océan des tempêtes se trouve dans l’hémisphère occidental de notre satellite, c’est-à-dire à la gauche d’un observateur terrestre. Il est la plus grande mer lunaire. On place sa limite nord dans le Sinus Roris (Golfe de la Rosée), sorte de chenal qui le relie à la Mare Frigoris. Au sud, l’Océan des Tempêtes aboutit à la Mer des Humeurs. L’ouest lunaire de cet océan est si proche du limbe qu’on ne peut l’observer complètement. A l’est, se trouvent la «Mer des Pluies», la «Mer des Iles», où trône le cratère Copernic et la «Mer de la Connaissance». On rencontre sur cette vaste étendue de lave séchée deux des plus célèbres formations lunaires: le système rayonnant de Kepler et la région d’Aristarque. Comme toute mer sélène qui se respecte, l’océan des Tempêtes est relativement peu cratérisé. L’observation de ses secteurs lisses revêt cependant un grand intérêt. On y voit de multiples dorsales, sortes de plissements dus à l’activité volcanique passée de la Lune. Dans la région de Kepler, se trouvent de beaux spécimens de dômes, de même origine que les dorsales. La surface de 2’102’000 km2 est légèrement inférieure à celle de notre Méditerranée. On ne sait, faute de relevés géodésiques suffisants, si l’Oceanus Procellanus est le produit de la chute d’une immense météorite, ou s’il résulte de l’enchevêtrement de plusieurs cratères de tailles respectables. Sous l’éclairage rasant du Soleil levant, au douzième jour après la Nouvelle Lune on observe, tout au nord, entre le limbe et le Golfe des Iris, les monts Rümker. Il s’agit d’un regroupement unique de dômes lunaires. Ces élévations faibles, de 10 à 20 km de diamètre pour une hauteur de quelques centaines de mètres, sont souvent percées en leur sommet par une cavité en forme de cheminée, vestige de leur ancien état de volcan actif. Les dômes de Rümker ont la particularité d’être regroupés, alors qu’habituellement on les rencontre isolés. En allant plus au sud, on atteint le cratère Aristarque. Cette région est fascinante par la richesse et la diversité des observations qu’on peut y faire. Le cratère principal Aristarque se repère facilement grâce à son albédo élevé et parce qu’il est le foyer d’un grand système rayonnant. Les longues traînées blanchâtres que forment les éjectas de matière au moment de l’impact créateur attestent de la violence d’un tel événement . La clarté des roches est due à la jeunesse du cratère, l’un des plus récents. Si l’érosion atmosphérique est inexistante sur la Lune, deux facteurs agissent cependant pour modifier l’apparence de notre satellite: Le rayonnement solaire qui dissocie les molécules des roches et les micrométéorites qui bombardent constamment notre satellite dépourvu de barrière naturelle. Le matériau de surface s’effrite sur des dizaines de millions d’années et petit à petit la Lune se recouvre d’une fine poussière de roches, le régolithe qui estompe les traces d’impacts. Il est donc aisé d’estimer l’âge relatif d’un cratère par son albédo. Aucun cratère ne brille plus qu’Aristarque; à tel point qu’on le détecte sans peine lorsque la Lune est à son 3ème jour. Il ne sera directement éclairé par le Soleil que 9 jours plus tard, mais son cercle lumineux se détache sans peine sur fond de lumière cendrée.

A l’ouest d’Aristarque, un cratère rempli de lave Herodotus, sert de point de repère pour rechercher la célèbre Vallée de Schröter. Ce long serpentin sinueux est en fait une vallée née de l’effondrement d’un tube de lave. La Vallée de Schröter semble commencer par un cratère oblong: la «tête du cobra». Cette structure est un élément particulièrement remarquable du soulèvement d’Aristarque, zone accidentée en forme de trapèze située au nord des deux cratères Herodote et Aristarque. Il vaut la peine d’observer cette région avec de forts grossissements ( 200 à 300 fois). Si les turbulences atmosphériques ne gênent pas la vision, on peut détecter à l’ouest de la Vallis Schröteri, la Rupes Toscanelli, crevasse longue de 70 km. Le massi montagneux des Montes Agricola trace la limite nord de cette région. on peut citer également le Mons Herodotus facile à repérer sous les Montes Agricola. Si vous avez l’occasion de scruter cet endroit avec un gros télescope, de 400mm par exemple, vous remarquerez de nombreux dômes, avec des cratères de cheminée à leur sommet. Le plus spectaculaire de ces dômes se trouve au sud du coude principal de la Vallée Schröteri. C’est un objet difficile à observer. Plus au nord d’Aristarque, la lumière rasante du Soleil levant révèle les Rimae du même nom. Un télescope aussi ouvert permet de détecter deux autres tubes de lave effondrés, aux aussi prolongés par un cratère. Les grandes dorsales Burnet longent le soulèvement d’Aristarque, plus à l’ouest. Sur ce fond marin se détache le cratère Schiaparelli. Au sud de la région détaillée ci-dessus, essayez d’observer la belle rainure Marius. La chose n’est pas des plus aisées, mais un éclairage favorable offre de belles images de cette Rima.

En poursuivant le cheminement vers le sud de l’Océan des Tempêtes (0ceanum Procellarurn), nous rencontrons un cratère isolé, centre très brillant d’un système rayonnant. Il s’agit de Kepler, cratère formant avec Aristarque et Copernic un triangle remarquable, visible à l’œil nu. De ces trois grandes formations sortent de longues traînées blanches qui attestent de la relative jeunesse des trois cratères. Nous avons vu que ces lignes d’éjectas sont formées par la matière expulsée au moment de l’impact formateur. Un peu au sud de Kepler se trouve son frère jumeau, système rayonnant mis à part, Encke. Les deux cratères, d’une trentaine de km de diamètre chacun, présentent le même fond inégal, à détailler dans un grand télescope. Toute la région est très montagneuse. Il vaut la peine, par bonne visibilité, de repérer le petit cratère Hortensius (6° à l’est d’Encke). Non pas que cette cavité escarpée présente par elle-même un intérêt particulier, mais on observe un peu à son nord un ensemble remarquable de dômes lunaires, pour la plupart percés d’une petite “cheminée” sommitale. Le duo Kepler – Encke marque la limite entre l’Océan des Tempêtes et la Mer des Iles (Mare Insularum ). Cette dernière est une subdivision de l’Océan des Tempêtes, récemment proposée et acceptée par l’Union Astronomique Internationale en 1976. La Mer des Iles a pour frontière nord la remarquable chaîne montagneuse des Carpates. L’est se situe au contact du Sinus Aesturn et le sud jouxte la Mer des Connaissances (Mare Cognitum).

L’élément le plus impressionnant de la mer des Iles est le cratère Copernic.

Tout y est: cratères géants, cratères fantômes, montagnes escarpées, rainures abyssales…

Une vision de la région dans un oculaire à grand champ convertira le sélénophobe le plus endurci (si tant est qu’un tel malheureux puisse exister).

A tout seigneur, tout honneur, la visite débute par l’observation détaillée de la structure dominante, Copernic.

Les mensurations de ce monstre inspirent le respect:

90 km de diamètre et 3670 mètres de profondeur, massif central culminant à 1200 mètres au-dessus du fond, traînées lumineuses s’étirant jusque dans la Mer des Pluies, remparts en gradins s’élevant 900 mètres au dessus de la plaine environnante. Mais au-delà de ces données imposantes, Copernic représente pour la Lune “la” carte de visite idéale, d’une beauté presque miraculeuse.

J’ai le souvenir d’une expérience astronomique, décisive pour la réelle passion que j’éprouve à l’observation lunaire. Mon projet consistait à mesurer le temps nécessaire au terminateur pour traverser l’ensemble du cratère Copernic, à partir du moment où le premier rayon touche l’arène Est, jusqu’à l’instant où la lumière déborde le côté Ouest de Copernic, en un mot, de contempler un lever de Soleil sur ce cratère.

Le terminateur avance sur la surface de la Lune à la vitesse moyenne de 15 km/h. Eu égard au diamètre de Copernic, la traversée complète dura approximativement six heures. J’ai ainsi pu voir la ligne de démarcation entre partie éclairée et sombre de la Lune remonter petit à petit les contreforts de Copernic, puis redescendre le long des gradins en terrasse alors qu’au-delà du terminateur dans l’obscurité totale luisaient les collines centrales, comme phares esseulés en mer. Magnifique!

Au sud de Copernic, on détecte une célébrité sélène, le double cratère Fauth, en forme de trou de serrure. Tout comme pour Torricelli, évoqué dans l’article sur la Mer du Nectar. Son apparence provient du chevauchement d’un cratère par un cirque secondaire. Plus bas le fond de la Mer des Iles est animé par les cratères Reinhold et Lansberg.

Au nord de Copernic, la rainure (rima) Gay-Lussac attenante au cratère du même nom, se laisse facilement observer. Gay-Lussac se trouve sur le sud de la chaîne des Carpates. Ce massif est la frontière naturelle entre la Mer des Iles et la Mer des Pluies.

Plus à l’est de Copernic, en prolongement de la grande chaîne des Apenins, un couple de cratères retient l’attention. A première vue, seul le magnifique Eratosthène se dégage de la surface lunaire entre Copernic et les Apenins. Mais si on scrute avec attention l’endroit proche du terminateur, on peut relever la présence d’un cratère fantôme dont il ne reste que la marque de l’enceinte. Une petite chaîne de montagnes relie le bord sud-est d’Ératosthène à cette arène effondrée qui a reçu le nom de Stadius.

Si vous disposez d’un télescope à grand pouvoir résolvant, vous remarquerez les nombreux petits cratères qui criblent le fond de Stadius. Ces craterlets se regroupent parfois sous forme de chaîne, dont la plus intéressante se trouve au nord de Stadius.

Tout au sud, Gambard, au fond recouvert d’une couche lisse de lave, marque l’entrée dans la Mer des Nuées.

Le lever du Soleil sur la Mer des Iles débute au neuvième jour lunaire. Il faut deux jours et demi pour que le terminateur atteigne l’autre bord de cette Mer.