La mer du Nectar – (mare Nectaris)

La Mer du Nectar est un bassin circulaire de 350 km de diamètre environ. Comme toutes les «mers» lunaires, elle ne contient pas d’eau, mais doit sa qualification à l’illusion qu’avaient les Anciens de voir des étendues liquides dans les parties plus sombres de la Lune.

La Lune a connu, comme toutes les planètes du système solaire interne, une période intense de bombardement météoritique. Cette phase se situe au début de l’ histoire du système solaire et permit aux planètes d’acquérir leur masse quasi définitive. La radioactivité dégagée par les roches fit fondre l’intérieur de notre satellite sur des profondeurs de plusieurs dizaines de km. Le magma perça aux point les plus fins de la croûte, là où de gros Impacts avaient fragilisé la surface lunaire. Les grands bassins se sont alors recouverts de lave, plus sombre que les autres roches de la surface lunaire. Ce schéma est applicable à la formation de toutes les mers sur la Lune.

Pour un repérage initial de la Mer du Nectar, il faudrait attendre le Premier Quartier. Sur la partie éclairée se dessine alors la silhouette d’un lapin à l’envers : La Mer de la Sérénité en est le corps, la mer de la Tranquillité la tête. L’oreille droite est formée par la Mer de Fertilité. La Mer de Nectar se trouve dans l’oreille gauche (si on s’imagine le lapin cosmique nous faisant face). Aux dernières nouvelles, les astrologues n’ont pu déterminer exactement l’influence de ce charmant animal sur nos humaines destinées.

Quatre jours après la Nouvelle Lune, le Soleil se lève sur le bord oriental de la Mer du Nectar, dévoilant les reliefs de la chaîne montagneuse des Pyrénées. La cartographie de la Lune a attribué des noms de chaînes montagneuse terrestres aux formations escarpés qui bordent fréquemment les grandes mers lunaires. Ce sont les remparts, aujourd’hui dégradés, de ces grands bassins.

Un paysage lunaire s’observe de préférence lorsqu’il se trouve à proximité du terminateur (ou ligne de démarcation entre partie éclairée et partie assombrie de la Lune). La lumière rasante du Soleil y met en valeur les structures, allonge les ombres et révèle des détails de relief qui resteraient imperceptibles sous un éclairage plus direct. A chaque lunaison, le terminateur «passe» deux fois par tout point de notre satellite: lorsque le Soleil s’y lève puis, quatorze jours terrestres plus tard, lorsqu’il s’y couche. On privilégie ces deux moments pour étudier l’endroit voulu de la surface sélène.

Le terminateur progresse à la vitesse de 15 km à l’heure. En 24 heures, il a traversé toute la Mer du Nectar.

Au cinquième jour de la lunaison, s’offre donc une vision globale de cette région. Le fond de la Mer du Nectar, quoique plane, n’est pas totalement lisse. Des dorsales, longues lignes de crête, le strient dans le sens Nord-Sud. Il faut y voir le témoignage de l’activité tellurique passée de la Lune.

On trouve relativement peu de grands cratères sur les mers lunaires. Le recouvrement de ces dernières par la lave est en effet postérieur au Grand Bombardement (cf «Les origines de la Lune»). Dans le cas de la Mer du Nectar, seul le cratère Rosse se dessine sur le fond de lave sombre, proche du bord Sud.

Si l’on poursuit l’observation dans cette direction, on rencontre les vestiges d’un grand cratère de 114 km de diamètre (A ces dimensions, on parle en fait de plaine murée).Il s’agit de Fracastorius. Son enceinte s’est passablement dégradée. Le côté concomitant à la Mer du Nectar est estompé, donnant à l’ensemble l’image d’un golf aboutissant dans la mer.

En s’éloignant vers le Sud, au-delà de Fracastorius, on aboutit à Piccolomini, splendide structure surmontée d’une étrange couronne de petits cratères d’impact. Les remparts de Piccolomini s’abaissent en terrasses jusqu’à l’arène dont le centre est occupé par un massif montagneux. Ce massif est la résultante du rebond de matière lors du choc météoritique créateur de Piccolomini.

Passons au Nord de la Mer du Nectar. Un couple de cratère sert de point de repère. Ce sont Isidorus et Capella. Capella, à l’Est de son voisin est traversé par une profonde vallée, facilement visible dès 40 fois de grossissement. Plus au Nord, la Mer du Nectar se rattache à celle de la Tranquillité par un petit chenal, Asperitatis, à la surface duquel on peut voir un cratère en forme de poire, Toricelli.

Cette configuration assez rare provient de l’imbrication de deux cratères de tailles différentes. Au moment de la fusion, les remparts, attenants ont disparu.

Il faut redescendre le long du bord Ouest de la Mer du Nectar pour rencontrer les premières grandes vedettes de la surface lunaire. L’ensemble formé par TheoohilusQyrillus et Catharina est à juste titre l’un des plus observés. Theophilus, dans un état de conservation remarquable, s’apparente à Piccolomini, avec son beau massif central. Au Sud-Ouest, son enceinte chevauche celle de Cyrillus, doté lui aussi de pics montagneux et d’un petit cratère interne. Plus au Sud, Catharina complète le trio, et bien que dégradé, n’en est pas moins intéressant avec son grand cirque intérieur.

Cette première visite de la région ne peut s’achever sans un détour par l’escarpement d’Attai, à l’Ouest de Catarina. Cette faille, qui se prolonge jusqu’à Piccolomini, est un segment de l’enceinte originelle de la Mer du Nectar. On peut reconstituer mentalement le gigantesque rempart de la Mer du Nectar à partir de cet arc de 480 km de long. Son versant interne est plus spectaculaire au Soleil couchant (19ème jour de la lunaison).