Mare Nubium et Mare Cognitum

Un jour après le Premier Quartier, au sud de la Mer des Iles célèbre par ses cratères Erathostène et Copernic, se dévoilent les contreforts de la Mare Nubium, ou mer des Nuées.

L’alignement des cratères Ptolémée, Alphonsus et Arzachel représente un excellent point de repère, sur le méridien central de la Lune. Ce groupe remarquable constitue la frontière nord-est de la Mer des Nuées. Une fois ces trois stars de la surface lunaire pointés, il devient aisé de s’y retrouver. En partant de la grande plaine murée Ptolémée aisément identifiable à son arène lisse, on peut effectuer ne première traversée du bras de mer voisin. La surface en est à peu près plane, quelques escarpements montagneux l’animent cependant. Un cratère se détache nettement de cette zone. Il s’agit de Lalande, bel exemple de cratère à enceinte en terrasses. Lalande est le centre d’un système rayonnant qui atteste de la relative jeunesse de cette formation. En laissant dériver l’oculaire vers le sud de ce cratère, on traverse une zone montagneuse. Essayez de trouver au sud le petit cratère Davy.

Son rempart présente la particularité d’être percé d’un petit cratère enchâssé au sud. Cette configuration rappelle le cratère Gassendi sur les bords de la Mer des Humeurs. Le plus intéressant se situe à l’est lunaire de Davy. Le cratère voisin voit en effet son arène piquetée d’une chaîne de craterlets très fins, observable avec un télescope de bonne taille. Cette chaîne rectiligne s’est formée lors de l’impact démultiplié d’un astéroïde fragmenté. Une bande continentale très intéressante constitue le bord opposé de ce bras de la Mer des Nuées. Sur cette surface plus claire, un groupe de trois cratères imbriquées retient immédiatement l’attention. La grande plaine effondrée aux remparts érodés s’appelle Fra Mauro. Elle témoigne d’un épisode crucial de l’évolution de la Lune.

Son arène est traversée par une profonde rainure qui se prolonge à la surface du cratère Bonpland. Le groupe est complété par le cratère Parry.

La bande continentale sépare le bras nord de la Mer des Nuées et la Mer de la Connaissance (Mare Cognitum).

Le fond de cette mer apparaît uniforme même à l’oculaire d’un gros télescope, où seuls quelques plissements sont délectables. Par contraste avec cette relative planéité, les Monts Riphaeus à l’ouest offrent un magnifique champ d’observation.

Au sud du groupe de Fra Mauro, une petite ligne ide crête et la rainure Opelt en formee d’arc constituent de bons tests optiques.

Revenons à notre premier repère, à savoir le trio Ptolémée, Alphonsus et Arzachel. Au sud d’Arzachel, on observe un cratère complexe, du nom de Thébit. Son rempart est marqué par un petit cratère dont l’enceinte est elle-même percée d’une minuscule cavité. Cette double imbrication très plaisante à observer permet de repérer sans peine l’une des plus célèbres curiosités lunaire: le Mur Droit (Rupes Recta).

Nous voici de retour sur la mer des Nuées. Le Mur Droit apparaît comme une ligne de fracture, surtout lorsqu’on l’observe au huitième jour lunaire, quand le Soleil s’y lève. Sous cet éclairage, le Mur semble une falaise verticale. En fait, la proximité du terminateur dramatise l’impression de rupture que donne cette pente longue de 110 kilomètres et haute de 250 mètres. On en estime la déclivité moyenne à quelque 7°. Le Mur Droit a également reçu le nom d’Epée sur la Lune, en raison de la petite ligne de crête qui en traverse perpendiculairement le sud. Un petit éperon rocheux complète l’illusion. Observez au nord du Mur Droit, le promontoire Taenarium, dont le relief déchiqueté offre une image saisissante à son passage au terminateur. Le cratère Birt, à la teinte claire se trouve entre le Mur Droit et une réplique de celui-ci, plus difficile à détecter, la rainure Birt.

En plus du Mur Droit, la région de la Mer des Nuées présente beaucoup de formations intéressantes. Un magnifique cratère attire l’attention dans la partie ouest de la Mare Nubium. Il s’agit de Bullialdus. Son rempart descend en terrasses jusqu’à l’arène qu’embellit un pic central. Les contreforts de l’enceinte sont striés de lignes radiales . Les environs montrent de nombreux cratères ou vestiges de cratères emplis de lave. Au nord de Bullialdus on observera Lubiniezsky et au sud, Kies en forme de goutte d’eau. Si vous disposez d’un grand télescope et que les conditions d’observation sont à la hauteur, recherchez à l’ouest de Kies un petit monticule au sommet percé d’une cavité circulaire. Il s’agit là d’un bel exemple de dôme lunaire, élévation d’origine volcanique.

Tous ces cratères emplis de lave témoignent de la période de haute activité volcanique liée à la formation de la Mer des Pluies (Cf l’article «Ce que nous raconte la surface de la Lune»).

A l’ouest de Bullialdus, de nombreuses rainures parallèles marquent la frontière entre la Mer des Nuées et celle des Humeurs. Ces stries se nomment Rimae Hippalus. En poursuivant dans la direction sud-est le périple sur les rives de la Mer des Nuées, on rencontre un couple de cratères jumeaux Campanus et Mercator, suivi d’une barrière de montagnes, les Rupes Mercator. De cette chaîne escarpée sourd le dernier tronçon de la splendide rainure Hesiodus. Le cratère de même nom touche l’une des plus belles plaines murées, celle de Pitatus. Il vaut la peine de se rendre à l’un des gros télescopes accessibles en Valais pour détailler le fond de Pitatus. Deux pics et un subtil système de rainures se détachent de la surface sombre.

On achèvera cette première reconnaissance au centre de la Mer des Nuées par l’observation des vestiges de Wolf, un cratère à l’arène comblée de lave.