Mare Imbrium (mer des Pluies)

Mare Imbrium (mer des Pluies)
On se repère aisément sur l’hémisphère ouest de la Lune en prenant comme point de départ le formidable cratère Copernic (voir le bulletin de novembre 1997). Ce centre d’un système rayonnant très spectaculaire ajoure d’un gigantesque oeil-de-boeuf la noire surface de l’Océan des Tempêtes. A l’est lunaire de Copernic, Eratosthènes, cratère très visible, se fond à la chaîne montagneuse des Apennins. Le pur arc de cercle s’interrompt au cap Fresnel, point de communication entre la mer des Pluies et la mer de la Sérénité. Au nord de ce cap, les monts Caucasus et la chaîne des Alpes prolongent les remparts de la mer des Pluies. On peut sans peine reconstituer l’ensemble de l’enceinte de cette mer et imaginer quel impact monstrueux a pu la former.
Au-delà des Alpes, une formation très sombre retient l’attention. Il s’agit de Platon une grande plaine murée de 101 kilomètres de diamètre. La frontière septentrionale de la mer des Pluies dessine plus à l’ouest deux encorbellements dont le plus proche du limbe sélène porte le nom de Sinus Iridium (ou golfe des Iris ).

Plus loin, les remparts s’estompent, recouverts de cette lave noirâtre qui constitue généralement le fond des mers lunaires. De là, on recompose mentalement sans grand effort l’entier de l’enceinte de la mer des Pluies considérée comme le plus grand cirque lunaire avec son diamètre de 1250 kilomètres.

Commençons la visite de cette vaste région par Platon et ses environs.

La plaine murée de Platon se trouve dans la mince bande continentale qui sépare la mer des Pluies de la mer du Froid (Mare Frigoris), long serpentin sombre plus au Nord.

La surface de ce vaste cratère paraît uniformément lisse et il faut une stabilité atmosphérique absolue alliée à de forts grossissements pour y déceler les quelques petits cratères qui s’y trouvent. Leur détection est d’ailleurs un excellent test d’optique.

Le soleil se lève sur cette formation au neuvième jour de la lunaison et l’évolution de l’éclairage se perçoit plus rapidement qu’en tout autre lieu de la surface lunaire. Par un curieux effet du à l’albédo très faible du fond de l’arène contrastant avec les remparts plus clairs, la surface intérieure de Platon semble s’assombrir au fur et à mesure que le Soleil s’élève au-dessus d’elle.

Si l’on observe à plus de 200 fois de grossissement, on remarque un affaissement en forme de triangle du rempart ouest.

Dressées à l’est de Platon, deux petites chaînes de montagnes semblent en veiller l’accès. Elles sont les vestiges, avec les monts Spitzberg que nous verrons plus loin, d’un énorme cratère interne à la mer des Pluies.

Dans le sens d’avancée du terminateur, on observe d’abord un mont isolé, le Mons Pico, ainsi nommé par l’astronome Schröter qui le trouvait comparable en hauteur au mont Pico de Ténériffe. Le Pico lunaire est une respectable élévation de 9400 mètres environ et d’une base de 15 km sur 25 km ! Sa hauteur devint l’étalon auquel on mesura les autres montagnes lunaires.

En dérivant vers l’ouest sélène, on rencontre l’ensemble disparate des Montes Teneriffe et plus loin encore les remarquables Montes Recti, une barrière de sommets tirée au cordeau sur une longueur de 90 km.

La bande continentale claire dans laquelle Platon s’enchâsse constitue un des segments encore visibles de la gigantesque enceinte de Mare Imbrium. A l’est de cette bande, la chaîne des Alpes recèle une des curiosités les plus observées par les amateurs d’astronomie. La Vallée des Alpes marque la bande continentale d’une griffure transversale de 180 km de long. Si la vallée elle-même est facilement repérable, la rainure qui parcourt son centre représente un défi difficile à l’observateur. Tenter la détection de ce fin trait intérieur nécessite un télescope d’au moins 300 mm de diamètre. Quand la chance vous placera à l’oculaire d’un tel engin, profitez-en pour explorer les environs immédiats de Platon et observer les nombreuses rainures serpentant sur le relief accidenté. En descendant ensuite vers le sud, vous remarquez quelques montagnes bordant la chaîne des Alpes et s’en distinguant suffisamment pour avoir été nommées. La plus intéressante est le Mont-Blanc, tant est évidente la ressemblance entre cette montagne de 3600 mètres de hauteur et son homonyme terrestre.

Vers le bord sud des Alpes se trouve le magnifique cratère Cassini, du nom de l’astronome qui découvrit quatre satellites de Saturne ainsi que la célèbre discontinuité des anneaux de cette planète.

L’arène de Cassini est marquée par deux grands cratères, parfaitement visibles dans un petit télescope. Face à Cassini, à l’intérieur de la mer des Pluies, le Mons Piton dresse son sommet dans un fier isolement. On perçoit dans cette région de nombreuses lignes sinueuses qui témoignent de la violence des événements géologiques liés à la création du bassin de la Mare Imbrium.

Plus au sud encore, un quatuor de belles formations anime la surface sombre de cette mer. Le plus grand cratère est Archimède au fond lisse: L’arène d’Aristillus, au nord de ce petit groupe contient trois pics. Les monts Spitzberg, vestiges des remparts d’un colossal cratère interne à la mer des Pluies, complètent avec le cratère Autolycus cet intéressant quatuor. La première sonde à se poser sur notre satellite, Luna2, alunit près d’Autolycus, ce qui mena l’UAI (Union Astronomique Internationale) à donner le nom de Sinus Lunicus à la petite plaine encadrée par ces quatre formations.

En prolongement d’Archimède, vers le sud, une région montagneuse contraste avec le marais de la Putréfaction, sorte de plateau sombre. La rainure de Brady tire un trait d’union entre ces deux zones en longeant les contreforts de la chaîne des Apennins. L’endroit est au demeurant très riche en rainures de même type. On y décèle entre autres la rainure, ou rima, d’Archimède, perpendiculaire aux Apennins, la rainure de Fresnel à l’aboutissement nord de cette même chaîne et, pour les heureux utilisateurs d’un télescope «gros calibre», la rima Hadley louvoyant près des monts du même nom, tout au sud du marais de la Putréfaction. Le module lunaire d’Apollo 15 s’est posé au bord d’un méandre de cette rima.

Les Monts Apennins

Ils s’étendent pratiquement du cratère Eratosthène jusqu’au détroit de Fresnel, et présentent le segment le mieux conservé des formidables remparts originels de la mer des Pluies. L’observateur contemplera là une des chaînes de montagnes les plus impressionnantes de la surface lunaire. Les sommets y culminent à plus de 5000 mètres au-dessus du niveau de la mer des Pluies. On situe facilement les monts Bradley, tout proches de Conon, l’unique cratère bien visible de la chaîne. Ce cratère aux remparts escarpés surprend par la netteté de sa découpe. Autre massif intéressant, les monts Hadley constituent les contreforts septentrionaux de la chaîne des Apennins, juste avant le cap de Fresnel.

La région décrite dans cette page voit le soleil se lever sur elle au huitième jour de la lunaison (Platon, Vallée des Alpes, les Apennins, Archimède, etc.). Le neuvième jour, la chaîne droite à l’Ouest de Platon sera la structure la plus remarquable. Au dixième jour, la lumière atteint le cratère Copernic.

A l’ouest de Platon, la bande continentale claire matérialisant la séparation entre la Mer des Pluies et La Mer du Froid est marquée par quelques beaux cratères. On discerne sans peine Bianchini, cratère d’un diamètre de 28 km, reconnaissable à sa petite colline intérieure et à un petit cratère enchâssé dans le rempart sud. Bianchini surmonte le Sinus Iridum, golfe des Iris. Le grand arc de cercle de son rempart a reçu le nom de Monts du Jura. Il s’achève à l’est, par le promontoire Laplace et à l’ouest, par le promontoire Heraclides. Le golfe des iris est strié de dorsales parfaitement visibles, qui dessinent sous certains éclairages le visage d’une vieille dame. Le sinus Iridum aboutit dans la mer des Pluies, d’où se détache le couple de cratères jumeaux Hélicon et Le Verrier, deux cratères de dimensions proches.

Une grande dorsale forme un arc interrompu par la petite cavité nommée Caroline Herschel, en l’honneur de la sœur et principale assistante de William Herschel. La dorsale Heim se voit ensuite relayée à l’est par une autre de ces lignes caractéristiques des fonds marins sélènes. La dorsale Zirkel guide l’œil jusqu’au cratère Lambert et sa cavité centrale. Au sud de Lambert, un cratère fantôme laisse deviner sa silhouette lorsqu’il est proche du terminateur, s’échappent deux dorsales. Celle placée à l’ouest voit son trait longer le cratère Pytheas et s’achever vers le couple de craterlets Draper. Au sud, s’élèvent les majestueux Monts des Carpates.

La dorsale à l’est rejoint également cette chaîne de montagne et sert de point de repère pour localiser la chaîne de minuscules cratères issue de Stadius. Ces fines formations ne sont perceptibles qu’au passage du terminateur.

En remontant vers Lambert et pour peu que le Soleil se lève sur ce cratère, une montagne se détache de la partie sombre de la Lune. Il s’agit du mont La Hire, très spectaculaire dans les conditions décrites ci-dessus.

A l’ouest du promontoire Heraclides, la bande claire s’élargit quelque peu. A cet endroit, elle fait frontière entre le golfe de la Rosée (Sinus Roris) et la Mer des Pluies. Le cratère Mairan, aux parois abruptes, anime cette pâle jetée. Tout au sud et du côté de la mer des Pluies, on observe les deux monts Gruithuisen dont les pentes douces contrastent avec le relief déchiqueté de la bande continentale. On peut de là poursuivre une intéressante progression vers le sud. Les dorsales sont nombreuses, axées en gros sur une direction nord-sud. Sur cette trame de fond le cratère Gruithuisen est encadré par deux formations montagneuses isolées. L’une d’elles, située au sud du cratère Gruithuisen présente une forme remarquablement triangulaire. L’arc de cercle formé par ces trois objets se prolonge avec le cratère Delisles, point de départ d’une nouvelle plongée vers le sud.

La région est assez tourmentée pour un fond de mer lunaire. Les dorsales y perdent leur orientation générale nord-sud Entre Delisle et Diophante directement au sud, l’observateur disposant d’une grosse optique tentera de résoudre la très fine rainure Diophante. Les monts Vinogradov se situent sur une ligne tirée entre le cratère Brailey et le beau cratère Euler. Un télescope de 400 mm permet d’observer la rainure de Brailey, qui serpente au nord du cratère du même nom. Jusqu’aux monts Carpates, la mer des Pluies présente de nombreuses structures montagneuses affleurant à la surface de lave figée. Cette traversée de la Mer des Pluies aboutit à T.Mayer, somptueux garde du côté ouest de la chaîne.

Nous sommes là à la limite occidentale de la mer des Pluies. Pour parachever la visite de cette mer, il convient de revenir un peu à l’est, à mi-distance environ entre les Montes Tenerife et le Cratère Eratosthène. On trouvera sans peine le cratère Timocharis. En observant bien son arène on remarquera une cavité interne, résultant d’un impact météoritique, et dont l’aspect évoque celui d’une bouche de cheminée. Proche de ce majestueux Timocharis, le couple Feuillé et Beer se prolonge d’une chaîne de craterlets, résolubles dans de grands télescopes.